le grand Chaitanya (36) Le Battacharya
Mais au juste que s’est il passé dans le temple pour que Chaitanya puisse ainsi s’évanouir ? Sur l’autel du temple l’image (murti) qui représente Krishna ne se laisse pas facilement capturer par les yeux ordinaires. Le public non averti ne voit qu'une statue et taxe l'hindouisme d'idolâtre, mais Chaitanya n’a certainement pas une vision commune. Il vient d'arriver à Puri et se précipite au temple de Jaganath. Une fois à l'intérieur, lorsque ses beaux yeux de lotus écarquillés contemplent la Beauté sans égale de Krishna une foule d’émotions se mirent à se mélanger dans son cœur occasionnant une extase hors du commun qui correspond au stade le plus élevé de Krishna prem (Amour intégral). Le Battacharya s’y connaît en Maestros de tous genre et il a lu au sujet de ce type d’exaltation spirituelle, mais il n’a jamais vu un humain en être décoré à ce degré. (pour les curieux, le livre de Rupa Goswami : « Bhakti rasarmrita sindhu » décrit en détail le type d’émotion qui a envahi le cœur du Grand Chaitanya et est techniquement appelé « adhirudha Mahabhava ») Après que les amis de Chaitanya soient venus le ramener sur terre en quelque sorte, le Battacharya proposa son aide quant à loger le groupe et rapporter les repas du temple de Jaganath. (Prasad : nourriture consacrée qui est encore de nos jours distribuée dans tout Puri, et dont le goût est inoubliable) Le Battacharya jouissait d’une grande réputation à cette époque et le fait de voir Chaitanya entouré de disciples lumineux, remplis de respect et d’attention pour leur jeune Maestro, chatouilla l’égo du vieux pandit. Comme il avait l’habitude de vouloir toujours remettre de l’ordre dans les choses il se mit dans le crâne de vouloir expliquer le Veda à celui qu’il considérait son élève. Pendant sept jours le Battacharya se mit à vociférer versets, sutras, commentaires plus brillants les uns que les autres. Chaitanya ne bronchait pas et restait paisible et souriant. Le Battacharya se mit à penser que le jeune Maestro était fou…aucune question, aucune réaction…sept jours de silence exaspérants. Comme il voulait savoir la cause de cet incroyable silence il en demanda les raisons à Chaitanya : -A vrai dire je ne suis qu’un fou, vous êtes certainement le plus grand orateur védique sur la place, aussi comment pourrais je comprendre vos commentaires ? oui je suis fou! - Mais justement alors, pourquoi ne pas demander d’éclaicissements ? Que veut dire ce silence…. -Cher Battacharya, vous n’êtes certainement pas fautif , mais vos conclusions s’inspirent de l’école de Shankar dont les bases sont impersonnalistes. Shankar prétend que tout est illusion alors qu’est il venu prêcher ? son discours lui- même n’est qu’illusion…De ce fait tout votre savoir se base sur des fondations d'argile... - Ainsi tu prétenderais m’enseigner les Védas ? eh bien si tu en sais plus que moi parle, je t’écoute ! Le Grand Chaitanya avait, dès cet instant le désir de verser du nectar dans le coeur sec du Battacarya pour l'adoucir et lui faire connaître les douceurs de la Bhakti, il dit : -Je vais essayer de mon mieux de vous donner mon opinion sur la question. Une lecture attentive des Ecrits conduit l’heureux lecteur vers parambrahman Vishnou (Krishna) comme une énorme route reliant une ville à une autre. Le Bhagavat est une sorte de commentaire du védanta. En résumé c’est le Bhagavat par sa puissance redactionnelle qui forme une sorte de faisceau lumineux qui éclaire toutes les écrits védiques. A aucun endroit nul ne saurait y trouver une parcelle d’impersonnalisme. Comme dans la vie matérielle tout est basé sur des rapports, des relations, dans le domaine spirituel de même tout est personnel et relationnel.