le grand Chaitanya (13)
La nuit était tombée et sous les premiers rayons de lune Nimai, au milieu de ses élèves qui l’ accompagnaient au bord du fleuve jouait verbalement avec les mots des textes.
Il était expert à prouver paradoxalement, toute la fausseté du vrai et le bien fondé du faux.
De loin de pandit-raj (le Digvijayi) qui passait par là, apprécia en connaisseur la classe du jeune homme, son inégalable beauté et sa radiance.
Le pandit demanda au premier étudiant qu’il rencontra : « n’est ce pas Nimai pandit ? dont on m’a tant parlé ?
L’élève répliqua avec fierté : oui c’est bien lui !
Alors le nouveau venu s’approcha et se présenta car il n’attendait que ce moment pour faire briller l’inconcevable étendue de ses connaissances.
Nimai l’accueilli avec grand respect et d’emblée lui demanda :
Votre réputation est si grande qu’elle est parvenue jusqu’à ce village…on raconte que tu es doué du pouvoir de composer et de réciter les vers les plus difficiles sur n’importe quel sujet, et ce sans préparation aucune.
Pourriez vous ainsi sur le champ nous glorifier le Ganges.
Le pandit-raj prit une large bouffée d’air et d’une voix vibrante comme le tonnerre se mit à réciter 100 versets (slokas) élaborés de sa propre composition et de plus improvisés pour la circonstance.
Les slokas comportaient des mots savants que peu de pandits auraient été capables de comprendre.
Si les étudiants présents en étaient restés bouche-bée, par contre, Nimai-pandit qui lisait parfaitement dans le cœur du pandit-raj se mit à sourire et lui dit :
« digvijayi ! vous êtes sans nul doute le plus grand poète sur terre, je ne vois que deux personnes capables de comprendre vos œuvres : vous-même et la déesse du savoir Sarasvati » « Néanmoins je serais très heureux d’entendre de vos lévres l’explication d’un seul de vos slokas. »
Et lequel aimerais tu entendre commenté ?
Nimai lui cita un verset parmi la centaine.
Le digvijayi eut un sursaut d’étonnement. Comment ce jeune professeur peut il citer par cœur ce verset, alors que j’ai tout récité comme au milieu d’une tempête….
Après qu’il eût donné le commentaire du sloka, Nimai lui demanda :
« maintenant énoncez les qualités du sloka et ses défauts ! »
Le grand poète se mit à rugir : « mais ce sloka ne possède que des qualités, comment pourrait il être empreint de fautes ? d’ailleurs comment pourrais tu, simple grammairien qui ne domine pas « alamkar » (réthorique) scruter assez profondément et détecter des erreurs. »
Peut être n’ai-je pas étudié Alamkar mais j’ai entendu de ceux qui le connaisse…et vous-même qui le dominez devriez pouvoir commenter les erreurs du verset.
Bon, Nimai Pandit donne- moi ton opinion… je t’écoute.
Nimai expliqua alors les 5 qualités du verset puis les 5 faiblesses et défauts. Comment une telle chose est elle possible ? nous le verrons demain.