le pape
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Article du journal Libération du vendredi 19 août 2005 de Catherine COROLLER avec Odile BENYAHIA-KOUIDER (à Berlin) Benoît XVI mal à l'aise dans un rôle taillé pour Jean Paul II | ||
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Malaises. A son arrivée à l'aéroport, le pontife ne s'est pas attardé sur la passerelle. Il a rapidement descendu l'escalier, au bas duquel l'attendaient le président allemand, Horst Köhler, et Gerhard Schröder. Doris Schröder, la femme du chancelier, était vêtue pour l'occasion d'un «Dirndl», le costume traditionnel bavarois, qui se voulait sans doute un hommage aux origines du nouveau pape. Signe que les malaises de l'Histoire ne sont pas encore totalement dissipés dans la communauté catholique allemande, le pape ne s'est pas agenouillé et n'a pas embrassé le sol. Interrogé à ce sujet par un journaliste de Radio Vatican avant son voyage, Benoît XVI avait répondu qu'il «avait suffisamment embrassé le sol allemand dans son enfance». Sous le IIIe Reich, le jeune Joseph Ratzinger a en effet été enrôlé de force dans les jeunesses hitlériennes à l'âge de 14 ans, puis dans la défense antiaérienne. Un épisode sur lequel Horst Köhler a d'ailleurs insisté. Après lui avoir souhaité «bienvenue au pays», le président chrétien-démocrate s'est réjoui qu'un homme de «la génération des Flak, la défense antiaérienne, [...] soit devenu pape». Contrairement à beaucoup d'Allemands qui n'osent pas employer le terme de «fierté», Horst Köhler a pour sa part estimé que les «Allemands pouvaient être fiers de ce choix» et que, soixante ans après la fin de la guerre, il devait être interprété comme un «signe de réconciliation». Durant tout ce discours, le pape est resté impassible. Le grand rendez-vous avec les jeunes a eu lieu l'après-midi. Benoît XVI devant descendre le Rhin sur un bateau, des centaines de milliers de participants aux JMJ s'étaient massés sur les rives du fleuve. «On ne le connaît pas du tout.» «C'est la première fois qu'on va le voir», expliquent les pèlerins. Pour beaucoup, le souvenir de Jean Paul II reste présent. Et ils comptent sur Benoît XVI pour continuer son oeuvre : «On attend de lui qu'il dise aux jeunes qu'ils sont les missionnaires de l'Eglise de demain, que l'Eglise et le monde reposent sur leurs épaules», dit Tibère, venu du Congo. «Bene-de-tto». Chacun guette l'arrivée du bateau. Lorsque l'image de Benoît XVI apparaît sur les écrans géants, la foule applaudit et scande : «Bene-de-tto». Le pape paraît d'abord figé, le geste étriqué. Il adresse son premier message aux jeunes. Les haut-parleurs crachotent, les mots sont difficilement audibles, chacun tend l'oreille et applaudit lorsque le pape parle dans sa langue. Il en utilisera cinq. Dans son discours, il parle aux catholiques, mais aussi à «ceux qui ne sont pas baptisés, ceux qui ne connaissent pas encore le Christ ou ne se reconnaissent pas dans l'Eglise». Puis il rend hommage à Jean Paul II. Et invite les jeunes à «collaborer de manière responsable à l'édification du présent et de l'avenir de notre monde», et à «s'engager sans réserve à servir le Christ, quoi qu'il en coûte». Un discours de nature à séduire ceux qui attendent de lui un nouvel élan. Arrivé à la hauteur de la cathédrale, il embarque dans une papamobile, souriant davantage et lançant à la foule un salut moins crispé. Donnant ses premières impressions, Joaquin Navarro-Valls, porte-parole du Vatican, a toutefois expliqué que «Benoît XVI donne beaucoup d'espace à la parole et aux idées, contrairement à Jean Paul II, qui en donnait aux gestes ; ce sera un pontificat d'idées et de paroles» J'aimerais bien savoir quelles "idées" peuvent venir d'une religion tellement engagée dans la politique, le matérialisme et les affaires de ce monde relatif. | ||